Aller au contenu

Regards / Changer de métier

Projet de transition professionnelle : partir en formation sans quitter son CDI

Le projet de transition professionnelle (PTP) permet à un salarié en CDI de suivre une formation longue vers un autre métier, en conservant son contrat et tout ou partie de sa rémunération. Le dispositif protège bien, mais il est exigeant sur les dates. Un bon projet peut échouer pour une demande partie trop tard : l’ordre des démarches se travaille avant le dossier.

Imaginons un téléconseiller en CDI qui veut devenir électricien. Il a trouvé une formation qualifiante de huit mois qui démarre le 1er septembre. Nous sommes à la mi-mai, il pense avoir l’été pour s’organiser. Il est déjà en retard : pour une formation continue de six mois ou plus, la demande d’absence doit parvenir à l’employeur 120 jours avant le départ, c’est-à-dire début mai.

Ce type d’erreur ne dit rien de la qualité du projet. Il tient à un dispositif qui fait intervenir plusieurs acteurs, chacun avec ses délais. Les connaître dans l’ordre évite de rater une session, et parfois de perdre une année.

Êtes-vous éligible au projet de transition professionnelle ?

Vérifiez d’abord votre situation. Il faut être salarié en CDI et justifier de 24 mois d’ancienneté, consécutifs ou non, dont 12 mois dans votre entreprise actuelle. La formation visée doit être éligible au compte personnel de formation. Avant d’entrer en formation, l’organisme réalise un positionnement préalable : il évalue ce que vous savez déjà pour ajuster la durée et le contenu du parcours.

Ce positionnement n’est pas une formalité. Il peut raccourcir le parcours si vous avez des acquis, et il donne au dossier une base précise, en heures et en contenus. Demandez-le tôt : il dépend du calendrier de l’organisme, pas du vôtre.

Les salariés en CDD relèvent de règles particulières, que l’association Transitions Pro de votre région pourra vous préciser.

Deux autorisations distinctes, qu’on aurait tort de confondre

Un PTP suppose deux feux verts, donnés par deux interlocuteurs différents, sur deux questions différentes.

Le premier vient de votre employeur et porte sur votre absence. Vous lui adressez une demande d’autorisation d’absence au moins 120 jours avant le début de la formation si celle-ci dure six mois ou plus en continu, 60 jours avant si elle est plus courte ou se déroule à temps partiel. Il dispose de 30 jours pour répondre ; sans réponse, l’autorisation est acquise. Si les conditions sont remplies, il ne peut pas refuser. Il peut en revanche reporter votre départ, de 9 mois au maximum.

Le second vient de la commission paritaire de l’association Transitions Pro de votre région, qui examine votre dossier de financement et décide de le retenir ou non.

Les deux décisions sont indépendantes. L’accord de l’employeur ne garantit pas le financement, et un financement accordé n’empêche pas un report décidé par l’employeur. Menez donc les deux démarches en parallèle, en gardant en tête qu’un report de quelques mois peut décaler toute la suite.

La demande d’absence est un acte formel, mais rien ne vous oblige à ce qu’elle soit la première nouvelle. Nous conseillons d’en parler à votre responsable quelques semaines avant de l’envoyer. Un employeur prévenu tôt a moins de raisons de reporter votre départ, parce qu’il a eu le temps de penser à votre remplacement. Et vous saurez plus vite si un report se profile, ce qui vous laisse le temps de chercher une session plus tardive.

Bâtir le calendrier à partir de la date de rentrée

Le plus simple est de partir de la date de début de la formation et de remonter. Dans l’exemple du téléconseiller, une rentrée au 1er septembre impose une demande d’absence début mai au plus tard. La réponse de l’employeur peut alors arriver jusqu’à début juin. Le dossier de financement, lui, suit le calendrier de dépôt propre à votre Transitions Pro régionale, à consulter dès les premières semaines de votre réflexion.

En amont, prévoyez le temps de trouver la formation, d’obtenir le positionnement et de rencontrer un conseiller. Ces étapes ne dépendent pas que de vous : comptez large. La grille ci-dessous sert à poser vos propres dates, de haut en bas.

Grille à remplir

Étape Repère Votre date
Rendez-vous avec un conseiller en évolution professionnelle Le plus tôt possible
Choix de la formation et positionnement par l’organisme Avant de constituer le dossier
Demande d’autorisation d’absence à l’employeur 120 jours avant le départ pour une formation continue de 6 mois ou plus, 60 jours sinon
Réponse de l’employeur Sous 30 jours ; sans réponse, l’accord est acquis
Dépôt du dossier de financement Selon le calendrier de votre Transitions Pro
Début de la formation Date fixée par l’organisme

Ce qui rend un dossier convaincant

La commission ne finance pas une envie. Elle finance un projet dont la cohérence se lit sur le papier : un métier précis, une formation qui y mène, et la preuve que vous savez où vous mettez les pieds.

Cette preuve se construit avant d’écrire. Rencontrez des personnes qui exercent le métier, si possible dans votre bassin d’emploi, et notez ce qu’elles vous apprennent sur le quotidien, les contraintes, les recrutements. Une enquête métier bien préparée fournit exactement cette matière. Un dossier qui dit « j’ai rencontré trois électriciens, dont un artisan qui cherche à embaucher » pèse plus qu’une page sur votre motivation.

Montrez aussi le lien entre votre parcours et la cible. Le téléconseiller de notre exemple sait calmer un client mécontent, expliquer simplement une panne, tenir un planning d’interventions. Ces acquis ne remplacent pas la formation. Ils rendent le projet crédible, et ils rassurent sur votre capacité à tenir face aux clients une fois sur le terrain.

Pensez enfin à l’après. Un dossier qui s’arrête au dernier jour de formation laisse une question en suspens : où travaillerez-vous ensuite ? Indiquez le type d’employeur que vous visez, artisan, entreprise de maintenance, service technique d’une collectivité, et ce que vous savez de leurs besoins. Ce n’est pas une promesse d’embauche. C’est la démonstration que la formation débouche sur un emploi que vous avez déjà commencé à regarder de près.

Le conseil en évolution professionnelle (CEP) est gratuit et peut vous aider à monter le dossier. Nous conseillons de le solliciter avant même la demande d’absence : c’est le moment où l’on peut encore ajuster la formation visée sans rien défaire.

Votre rémunération pendant la formation

C’est souvent la question qui décide. Si votre salaire de référence ne dépasse pas deux SMIC, votre rémunération est maintenue à 100 %. Au-delà, elle est maintenue à 90 % pour la première année ou les 1 200 premières heures de formation, puis à 60 %.

Pour un parcours long, la baisse à 60 % intervient donc en cours de route. C’est elle qu’il faut intégrer au budget du foyer, et pas seulement le niveau du premier mois. Faites le calcul avec votre propre salaire avant de déposer quoi que ce soit, sur la durée totale du parcours.

Si vous n’êtes pas éligible, ou si votre projet ne justifie pas une formation longue, d’autres chemins existent, y compris en quittant votre poste : démissionner pour se reconvertir et percevoir le chômage se prépare avec la même rigueur sur les dates. Et si le métier visé reste encore une hypothèse, vérifiez-la avant d’ouvrir le moindre dossier ; le parcours Changer de métier commence précisément par là.

La suite commence
avec vous.

Trouver mon point de départ