Se former en travaillant : les erreurs de planning qui font abandonner
En septembre, la motivation est intacte. On s’inscrit à une formation diplômante à distance, à un titre professionnel ou à la préparation d’un concours, on achète un agenda neuf et on se promet deux soirs par semaine plus le samedi matin. En décembre, les cours en retard s’empilent ; en février, la tentation d’abandonner devient sérieuse. Le manque de volonté est rarement en cause. Le plus souvent, le planning de départ ne pouvait pas tenir, et personne ne l’avait vérifié.
Compter en mois au lieu de compter en semaines
« J’ai neuf mois avant l’examen » est une phrase rassurante et trompeuse. Neuf mois, c’est environ 39 semaines, dont il faut retirer les congés, les fêtes de fin d’année, les périodes de rush au travail, un rhume ou deux. Il en reste souvent une trentaine de vraiment utiles. Raisonner en semaines numérotées, celles du calendrier ISO que beaucoup d’entreprises utilisent déjà pour leurs plannings, oblige à placer chaque chapitre dans une semaine précise : semaine 41 pour la comptabilité générale, semaine 42 pour la fiscalité, et ainsi de suite. Un retard devient alors visible dès le lundi suivant, pas en janvier.
Oublier les jours fériés et les ponts
La France compte onze jours fériés légaux, et l’Alsace-Moselle deux de plus. Selon les années, mai en concentre plusieurs : le 1er et le 8 mai, l’Ascension, parfois le lundi de Pentecôte. Pour quelqu’un qui révise le soir, un pont peut devenir une journée entière de travail, à condition de l’avoir prévu. Sinon, on découvre la veille que les enfants n’ont pas classe, que la famille a prévu une sortie, et la journée est perdue pour les révisions.
Le même raisonnement vaut pour le travail. Un salarié qui prépare un examen de juin doit savoir dès l’automne combien de jours ouvrés il lui reste, combien sont déjà promis à des congés et quelles semaines seront chargées au bureau : clôture comptable, salon professionnel, inventaire. Ce sont ces semaines-là qu’il faut alléger dans le planning de formation, plutôt que d’espérer tenir le même rythme partout.
Fixer un objectif trop vague pour être suivi
« Avancer sur le droit social » ne dit ni quoi, ni combien, ni quand. Un objectif SMART, c’est-à-dire spécifique, mesurable, atteignable, réaliste et daté, transforme cette intention en engagement vérifiable : « Terminer les quatre chapitres sur le contrat de travail et faire deux annales corrigées avant la fin de la semaine 47, en trois séances de 90 minutes par semaine. » Chaque dimanche soir, on sait si l’on est en avance ou en retard, et de combien. Ce chiffre vaut mieux que le vague sentiment de « ne pas en faire assez » qui accompagne tant de formations du soir.
Traiter la formation comme ce qui peut toujours attendre
La matrice d’Eisenhower classe les tâches selon deux critères, l’urgence et l’importance. Une formation suivie à côté d’un emploi tombe presque toujours dans la case important mais pas urgent, celle qu’on repousse parce qu’un mail, un dossier ou un rendez-vous paraît plus pressant. Elle n’en sort qu’au moment où elle devient urgente, c’est-à-dire trois semaines avant l’examen. La parade consiste à bloquer des créneaux fixes dans l’agenda, comme un rendez-vous client, et à les tenir même quand la semaine est chargée, quitte à les raccourcir.
Ces méthodes ne demandent qu’un tableur. Pour aller plus vite, cette boîte à outils, réunie par un magazine économique indépendant, calcule les jours ouvrés entre deux dates, donne le numéro de la semaine en cours et propose un générateur d’objectif SMART ainsi qu’une matrice d’Eisenhower pour classer ses tâches. De quoi construire un calendrier de révision réaliste en une soirée.
Garder son projet secret vis-à-vis de son employeur
La discrétion se comprend, surtout quand la formation prépare un départ. Mais c’est l’employeur qui fixe les plannings, valide les congés et décide des heures supplémentaires. Une formation suivie hors temps de travail avec le compte personnel de formation ne nécessite pas son accord. La suivre en tout ou partie sur le temps de travail suppose en revanche de lui demander une autorisation, dans des délais précis. Prévenir tôt permet aussi de poser ses congés autour des épreuves avant que les collègues ne réservent les mêmes semaines.
Bâtir un planning qui ne supporte aucun imprévu
Le dernier piège est le planning parfait, celui qui ne fonctionne que si tout se passe bien. Prévoyez dès le départ une semaine tampon toutes les six à huit semaines, sans nouveau contenu, réservée au rattrapage. Entre une rentrée en septembre et un examen en juin, cela représente quatre à six semaines qui semblent perdues sur le papier. Si tout va bien, elles servent à refaire des annales. Si tout va mal, elles empêchent deux semaines ratées d’en entraîner une troisième, puis l’abandon.
Avant de valider votre calendrier, faites un test simple : reprenez la semaine la plus chargée de l’année passée au travail et demandez-vous si vous auriez tenu vos créneaux de formation. Si la réponse est non, réduisez dès maintenant le volume hebdomadaire et, si besoin, visez la session suivante. Une inscription repoussée de six mois coûte moins cher qu’une formation abandonnée en cours de route.